Transmission

Enseigner l’art du jonglage et un théâtre magique

Depuis trente ans, Simon Anxolabéhère transmet le jonglage, le mouvement, le mime et le jeu théâtral, aux artistes comme aux enfants.

Simon Anxolabéhère, mains ouvertes dans une lumière rouge

Une recherche née
de la transmission

Mon enseignement s’est construit au fil des expériences, des rencontres et des transmissions. Je tiens à remercier notamment Annie Fratellini, pionnière du nouveau cirque, dont j’ai été l’un des premiers élèves enfants ; Jacques Lecoq, dont j’ai eu la chance d’être le dernier élève jeune adulte ; et Jérôme Thomas, dont j’ai été l’interprète principal pendant quinze ans.

Je remercie également Jean-Gabriel Carasso, qui a guidé mon chemin, ainsi que toutes celles et ceux qui m’ont transmis leur savoir : Leela Petronio, pionnière de la transmission des percussions corporelles en France ; Raphaël Navarro, initiateur de la magie nouvelle ; et tant d’autres qui ont nourri mon parcours.

Depuis trente ans, je transmets l’art du jonglage, en y associant celui du mouvement, du mime et du jeu théâtral, aux artistes et aux professionnels du spectacle, aux amateurs, aux enfants ainsi qu’aux personnes en difficulté sociale ou de santé mentale.

Balles de jonglage posées sur les mains et les bras

Le théâtre d’image

Le fil conducteur de cette pédagogie est l’étude du mouvement et des relations qu’il révèle : entre le corps et l’espace, le corps et l’objet, soi et les autres, l’artiste et le public.

Chacun découvre l’espace qui l’entoure et apprend à l’habiter. Peu à peu, les images intérieures se précisent et deviennent matière à jouer.

Un mouvement peut alors naître d’une sensation ou d’une image, puis devenir visible et partageable.

Observer, composer,
faire naître des images

Observer et composer le mouvement

Le mouvement est étudié dans ses parcours et dans ses qualités : directions, niveaux, lignes, courbes, torsions, rythme, équilibre et déséquilibre. Les élèves explorent les oppositions, les compensations, les appels, les accents et les réactions qui organisent un geste. Le point fixe et les attitudes sont également étudiés, permettant de découper le mouvement et d’en clarifier la lecture.

Apprendre à écrire un geste, c’est comprendre son orthographe et sa grammaire. Les efforts et les actions du corps sont analysés : tirer, pousser, soulever, grimper, lancer, ramer… Tous les verbes d’action sont explorés dans différentes directions, intensités et rythmes.

Puis nous apprenons à traiter le mouvement : du geste réaliste ou mime d’action au mouvement dansé ou abstrait, jouant ainsi avec les formes et les évocations, et créant un langage singulier.

Faire naître des images par le mime

Nous abordons le travail mimodynamique en privilégiant une détente attentive qui facilite l’émergence d’images à l’intérieur, images qui colorent le corps et peuvent être explorées par le mouvement.

L’observation et l’analyse du mouvement soutiennent cette approche sensible. Les élèves étudient les dynamiques de l’eau, du feu, de l’air et de la terre, ainsi que les mouvements des animaux et les qualités des matières.

Ces observations deviennent des sources de jeu : onduler comme l’eau, se déployer comme une plante, devenir le vent… ou inspirer la création d’un personnage. Des improvisations individuelles ou collectives développent ces images. Le mouvement peut se prolonger en une écriture acrobatique : une vague peut devenir une roulade, une impulsion peut conduire à un saut. L’acrobatie est alors abordée comme une action expressive.

Le jonglage,
un art à part entière

Le jonglage prolonge le mouvement du corps dans l’espace. L’objet poursuit sa trajectoire, dessine des lignes ou des courbes ; son volume participe au tableau.

Le jongleur devient ici plasticien du mouvement et compose avec les objets et les directions ; son corps participe pleinement à la précision du geste et à l’écriture chorégraphique.

Balles, bâtons, cerceaux, plumes, ballons géants… structures portables et objets du quotidien deviennent autant de partenaires de jeu.

De l’objet à la
forme scénique

Explorer l’espace avec un objet

En jonglage, l’objet prolonge le mouvement du corps. Les élèves observent sa trajectoire et la relation entre lancer, réception, regard et déplacement. L’espace peut être organisé en plans, en volumes cubiques et en directions, afin que le corps et l’objet composent ensemble des lignes, des courbes et des figures lisibles.

La recherche peut prendre la forme d’une danse jonglée, improvisée sur une musique, ou d’un travail de théâtre d’objets. Points fixes, rythmes, équilibres et illusions d’optique deviennent alors des outils de jeu et de composition.

De l’improvisation à la forme scénique

Les explorations se prolongent par des improvisations seul, à deux ou en groupe. Le chœur et l’équilibre du plateau invitent à se déplacer ensemble avec précision et économie. Un travail sur le déplacement circulaire, rejoignant la piste de cirque ou les danses rituelles, y est également proposé.

La musique peut devenir partenaire : les élèves en observent la dynamique, les ruptures et l’architecture, puis cherchent comment y répondre par le mouvement.

Une progression adaptable

Une progression constitue le fil conducteur, non un parcours rigide. Le rythme, les consignes, les objets et le degré de complexité s’adaptent à l’âge, à l’expérience et aux besoins des participants.

À chaque étape, l’objectif reste de relier sensation, geste, espace et adresse, pour que la technique devienne un moyen de jeu et de création.

Simon Anxolabéhère sur scène, son ombre projetée derrière lui

Une création
collective en partage

Ma démarche pédagogique explore les liens entre théâtre, danse, mime, jonglage et acrobatie, en plaçant le mouvement au cœur de la création.

Le jonglage, avec ou sans objet, joue sur l’apparition et la disparition des objets, créant une illusion de présence ou de transformation. Le mouvement fait apparaître le réel dans le mime, suggère, évoque, puis s’ouvre à l’abstraction et à l’imaginaire.

Au-delà du travail sur la forme, elle s’attache au fond : les images font écho à de grandes métaphores, à des symboles, à la mythologie et à des archétypes qui traversent l’histoire humaine, nourrissant notre imaginaire collectif.

Toutes ces recherches peuvent aboutir à une grande forme collective : une danse rituelle faisant référence aux origines mêmes du théâtre, qualifiées de théâtre magique, une parade géante ou une déambulation. Les participants y réunissent le mouvement mimé, dansé et jonglé, les images poétiques et les personnages explorés au fil du travail. La musique, les percussions, les voix ou les textes peuvent accompagner cette traversée et faire du public un témoin de l’univers créé.

La fabrication de masques et de structures manipulables peut également être envisagée comme partie intégrante du projet. Conçus et mis en jeu par les participants, ces éléments prolongent le travail du corps et de l’espace, nourrissent les transformations et contribuent à l’invention d’un monde commun.

Danse collective nocturne autour d’un ballon lumineux